Entre corps et esprit : de la futilité à l'indispensable

Ecrire ce post est un acte laborieux mais il est indispensable à cause de la sortie imminente de mon roman L'Empreinte de la Chair.

On dit souvent que pour un premier livre, l'auteur utilise ses propres expériences et insère des données autobiographiques.

C'est le cas en effet. Mais seulement pour un thème, celui dont je vais maintenant vous parler.

Pour tout le reste, mon imagination a fait son travail.

Allons-y pour les confidences, même si ce n'est plus vraiment un secret...

Entre corps et esprit : de la futilité à l'indispensable

A l'approche de la cinquantaine (oups, c'est de moi dont je parle?), je devrais avoir suffisamment de maturité pour éviter certains conflits internes. Les mettre de côté (voire les faire totalement disparaître) en sachant que la vie est bien trop précieuse et tellement courte pour me laisser polluer par tant de futilités.

Mais...

Me sentir bien dans mon corps et créer une harmonie entre corps et esprit demeure si difficile. Tout comme trouver l'équilibre, le parfait alignement...

Entre corps et esprit : de la futilité à l'indispensable

Je n'y parviens pas. Je ne fais pas exprès, ce n'est pas de la mauvaise volonté...C'est une incapacité fonctionnelle, intrinsèque, collée à mon ADN et qui me fait terriblement souffrir.

Entre corps et esprit : de la futilité à l'indispensable

Et quand je pense à l'origine de cette discorde corps et esprit, je tombe dans une colère profonde qui ouvre les vannes de l'injustice et des regrets.

Pourquoi ai-je gardé en mémoire ces quelques mots odieux lancés par des gamins insignifiants et non ceux merveilleux et bienveillants de mes parents et de ma famille?

Entre corps et esprit : de la futilité à l'indispensable

Toujours est-il que 6 ans plus tard, je tombais malade...

A l'époque, on ne parlait pas de maladie. On n'en parlait pas tout court. Même moi, je ne savais pas ce qui me tombait dessus.

J'ai commencé par moins remplir mon assiette. J'ai commencé à me peser aussi tous les matins. Puis matin et soir. Puis avant chaque repas. Puis après chaque repas.

Entre corps et esprit : de la futilité à l'indispensable

A utiliser le mètre de couturière pour prendre mes mensurations. La taille, les hanches, les cuisses, les mollets, la poitrine, les bras.

Entre corps et esprit : de la futilité à l'indispensable

A les noter sur un carnet. A noter aussi ce que je mangeais.

A remplir encore moins mon assiette.

A noter encore et toujours.

A toucher les os de mes hanches qui commençaient à apparaître. A ne pas les retrouver dans le reflet renvoyé par le miroir.

A ne rien voir de la dégradation. Plus je maigrissais, plus je me voyais grosse.

Entre corps et esprit : de la futilité à l'indispensable

Alors, j'ai déserté la table. Laissant ma place vide tout comme mon assiette.

Mon ventre criait famine, mon esprit lui criait "tu es obèse".

Mon ventre suppliait, mon esprit répondait :

Entre corps et esprit : de la futilité à l'indispensable

J'étais prisonnière : le comptage des calories, la pesée, les mensurations, son propre regard de dégoût, les nausées provoquées par la faim et la répulsion, la faim elle-même, le tiraillement de l'estomac, l'aménorrhée, les laxatifs, les scarifications, les malaises et puis le cœur qui bat de moins en moins fort...les cheveux qui tombent, les ongles qui cassent, les douleurs au dos, les migraines, la fatigue, la baisse de la vue, l'incapacité à se concentrer...

Entre corps et esprit : de la futilité à l'indispensable

Autant de souffrances pour...du vide...oui, le vide de mon corps. Le vide de mon assiette. Le vide de mon esprit, le vide de mon regard d'où la vie s'échappait petit à petit.

Le vide signifiait les kilos perdus. Chaque jour était une victoire.

Entre corps et esprit : de la futilité à l'indispensable

Cependant, ce n'était pas suffisant. Alors, je me suis mise à marcher. Au début, c'était 30 minutes par jour. Puis de la marche, je me suis mise à courir. Et de trente minutes, je suis passée à 1H00. Parcourant plus de 8km. Puis...J'ai aussi pratiqué différents autres sports au quotidien.

Avant faire du sport pour moi c'était juste parce que cela faisait partie de mon emploi d'élève. Un gros mot quoi! Une ineptie.

Après, et même des années plus tard quand l'anorexie a fait son come back, c'est devenu vital. Une obsession. Dès que je ne pouvais le pratiquer, je me sentais gonfler, devenir énorme, grasse...

Entre corps et esprit : de la futilité à l'indispensable

Un jour, au réveil, mon corps n'a pas répondu aux ordres de mon cerveau. Il a abdiqué. Il a refusé de se lever. J'ai pleuré. J'ai été consolée. J'ai promis.

J'ai pu de nouveau marcher.

Mais je n'ai pas tenu mes promesses...Persuadée que ce n'était qu'une passade.

Je pensais avoir le contrôle et c'est ce qui me permettait de tenir. Mais, au fond, je ne contrôlais rien. J'étais tombée dans un engrenage tellement classique. Tellement quelconque. Le même que toutes les anorexiques, les mêmes symptômes, les mêmes manies, les mêmes tics et les mêmes tocs.

Entre corps et esprit : de la futilité à l'indispensable

C'est pas du contrôle, non, en rien ce n'est du contrôle.

C'est du laisser aller. C'est plutôt une perte de contrôle. En effet, je me suis perdue le jour où j'ai accepté d'être sous l'emprise d'une réflexion : "regarde, elle est aussi grosse qu'un mammouth!"

Par ce témoignage, et celui aussi de mon personnage principal, je souhaiterais attirer l'attention sur l'importance que nous pouvons parfois accorder au regard des autres et à leurs réflexions. Il ne faut pas les écouter, ni les garder en mémoire car ils sont souvent l'expression de l'envie et de la jalousie.

Il faut s'en détacher avant qu'il ne soit trop tard. Ne pas se laisser polluer et garder en nous cette confiance acquise grâce à notre entourage, à notre amour propre et à notre propre amour.

Après, il est trop tard. Notre image reste à jamais faussée et il sera alors difficile d'accepter de reprendre du poids sans se voir énorme, de reprendre une alimentation normale sans se sentir souillée, de revenir à table sans se dire qu'on a baissé les bras et qu'on est faible.

Manger est un acte d'abord évident, vital mais c'est également un acte de convivialité. Se priver de nourriture, c'est s'isoler, s'enfermer et s'effacer...

C'est aussi s'accorder peu d'importance, se dévaloriser et finir par perdre confiance en soi.

Entre corps et esprit : de la futilité à l'indispensable

Je sais que j'aurais pu mourir.

Pourtant, je suis là pour témoigner.

L'amour à 17 ans m'a sauvé. Et cet amour toujours présent me sauve encore. Il est ma bouée, mes yeux, mes mains, ma bienveillance, mon affection...

Mes trois grossesses m'ont réconciliée avec mon corps. Enfin, lui et moi avions le même objectif : donner la vie. Et me la donner aussi...

Cette maladie restera un combat de tous les jours. Elle disparaît pour apparaître de nouveau au détour d'un obstacle, d'une difficulté, d'un renoncement, d'un coup dur, d'un coup du sort.

J'ai la chance d'être aimée et entourée. J'ai aussi la chance d'aimer et d'entourer. C'est ce qui me rend forte et me donne l'énergie de combattre. Même si chaque jour, je me lève avec la certitude d'avoir pris un kilo dans la nuit, je refuse de me peser et de me prendre mes mensurations.

J'ai gagné une bataille...j'espère remporter la guerre.

Et faire la paix...

Entre corps et esprit : de la futilité à l'indispensable